Et si le mur de Berlin n’était pas tombé ?

Comment se serait déroulé le cours de l’Histoire si le mur de Berlin n’était pas tombé ? Des étudiants de Paris IV ont proposé une commémoration peu banale du 25e anniversaire de la chute du mur lors d’une soirée audiovisuelle et artistique à l’Institut Goethe de Paris, le lundi 27 octobre 2014.

Le jour où le mur de Berlin n’est pas tombé, et tous ceux qui suivirent – c’est ainsi que s’intitule l’ouvrage que les quinze étudiants du Master Pro « Lettres modernes appliquées, spécialité édition » de Paris IV ont publié cette année. Un concept original, qu’on appelle dans le jargon littéraire une « uchronie », autrement dit : une réécriture de l’Histoire, un monde fictif créé à partir de l’altération d’un élément historique. Pour cela, ces jeunes éditeurs ont lancé un appel à contributions, à l’issue duquel ils ont reçu plus d’un centaine de textes et en ont retenus soixante.

 A l’approche du 9 novembre, anniversaire de la chute du mur de Berlin, les étudiants (surnommés les Uchroniques) ont mis en scène à l’aide de quarante auteurs et vingt-cinq artistes, une manifestation musicale et audiovisuelle à partir de leur ouvrage. Alternant entre registres philosophico- tragique et comique, avec une grande touche de créativité, les artistes ont fait de cette soirée une belle réussite.

Tout d’abord, Katja Petrovic, journaliste franco- allemande, et Pierre Marquand-Gairard, un des étudiants meneurs de ce projet, introduisent la soirée et le thème de l’uchronie. Après la présentation d’une création musicale à la batterie, des écrivains, tels que Louis Gardel, témoignent à l’écran : la chute du mur, ils l’ont vécue comme « une espèce de miracle survenu sans qu’[ils] l’attende[nt] » et ajoutent à propos de la capitale allemande que « même si c’est une ville, ce qui était l’Ouest reste Berlin Ouest, et l’Est reste Berlin Est. » Puis, nous sommes plongés dans le monde de l’uchronie.

 Si le mur de Berlin n’était pas tombé… on n’aurait même plus osé imaginer sa chute, il aurait fait partie du quotidien des Allemands. « Ce foutu mur, il est là, sans y être ! » s’exclame une actrice sur scène, récitant un texte de Marion Gourdin. « Je vis dans le présent (…) je suis bien ici. Ça changerait quoi au final pour moi ? » Le mur serait devenu banal ? « Cette balafre qui coupe le monde en deux n’inquiète plus : c’est normal. »

Si le mur de Berlin n’était pas tombé… la circulation des informations sur Internet aurait-elle été entravée ? Les Russes auraient-ils eu accès à Facebook ? Ou bien Internet aurait-il eu un rôle à jouer a posteriori ? Les citoyens de l’Est se seraient-ils révoltés pour avoir le droit à l’information ?

Si le mur de Berlin n’était pas tombé… dans un tel monde, le cours de l’Histoire aurait pu être complètement inversé : qui sait, Georges Bush aurait obtenu le prix Nobel de la Paix… les gens se seraient rués dans les magasins pour obtenir en promotion un masque à gaz gratuit pour l’achat des deux autres… C’est ce que suggère avec un clin d’œil ironique et comique Diane Ranville dans le JT fictif qu’elle a monté, sur une idée de Marlène Bertrand.

Si le mur de Berlin n’était pas tombé… les Allemands, désespérés, auraient aspiré à la liberté – « Oh, könnte ich fliegen wie Tauben ! » s’exclament, très lyriques, les Uchroniques, lisant en musique, en français et en allemand, le poème « Die Mauer » de Jacques Turner. – Autant de registres qui permettent aux spectateurs de se poser des questions sur la liberté de circulation, la résignation ainsi que la révolte, et surtout, sur le caractère quelque peu contingent du cours de l’Histoire. Après tout, il s’en serait fallu de peu pour que le mur ne tombe pas le 9 novembre 1989…

 Cette uchronie est aussi l’occasion de revenir sur les faits qui ont eu un impact considérable sur notre génération de jeunes gens : le 9 septembre et la révolution Internet/ Facebook. Est-ce qu’Internet aurait pu résoudre le clivage entre l’Ouest et l’Est ? « Non, cela ne résout pas tout, on le voit bien avec la situation en Palestine. », argumente Pierre Marquand-Gairard. Et pourquoi avoir préféré traiter le thème du mur de Berlin, plutôt que la révolution Internet dont nous, les jeunes, pouvons mieux témoigner? « Ça nous semble intéressant, car on a du recul. Ce n’est pas quelque chose d’aussi frais, d’aussi brûlant dans la mémoire. »

Plus d’informations sur les Uchroniques© et leur ouvrage.

Marjorie Even

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