Je t’aime moi non plus : Berlin et ses touristes

25 ans après la chute du mur, Berlin n’a jamais été aussi populaire. La capitale allemande attire surtout les jeunes fêtards, au grand dam de ses habitants qui voudraient goûter à la tranquillité. Problème : si les touristes énervent, leur argent reste nécessaire à la ville.

Berlin doesn't love you
Touristes du monde entier, vous voilà prévenus ! Berlin doesn’t love you. (antjeverena)

Pour beaucoup de jeunes européens, Berlin n’est pas seulement la capitale de l’Allemagne, c’est avant tout la capitale de la fête. Ils sont toujours plus nombreux chaque année à venir danser toute la nuit sur les mix des stars de la minimale et de l’électro. Le patrimoine de la ville ne les intéresse que moyennement et ils le disent clairement, comme dans cette vidéo du Spiegel. Ils arrivent par avions entiers pour aller en boîte et profiter des prix abordables pratiqués dans les bars et les auberges. C’est un fait, Berlin est une ville bon marché. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard car Berlin est aussi une ville pauvre : le taux de chômage y est l’un des plus élevés d’Allemagne (un peu plus de 10% selon les dernières estimations d’octobre 2014). Les Berlinois ne roulent donc pas sur l’or. Et c’est justement là que le bât blesse.

they don't like tourists
Les stickers anti-touristes fleurissent sur le mobilier urbain de nombreux quartiers, ici à Alt-Treptow. (Felipe Tofani)

Les anti-touristes sont pour la plupart des habitants de quartiers prisés par les touristes, comme Kreuzberg. Ce quartier multiculturel a longtemps compté parmi les moins chers de Berlin, c’est aussi l’épicentre historique des mouvements alternatifs tant artistiques que politiques. Or c’est exactement ce que recherchent les touristes : des prix avantageux et l’image d’une ville libre, à contre-courant, underground. Seulement voilà, si la demande augmente, elle entraîne les prix dans son sillage. Ce qui n’est pas vraiment du goût de ses habitants qui voient déjà arriver le moment où ils devront quitter leur quartier faute de moyens. Et puis, soyons honnête, d’ici là il leur faut supporter les frasques de ces touristes ayant succombé à la Berlin-mania .

Bier Bike
Des groupes de touristes bruyants et alcoolisés prennent la ville comme un terrain de jeu, sans penser aux habitants. (-lucky cat-)

Car les jeunes fêtards, l’alcool aidant, ne se montrent pas toujours discrets et respectueux : tapage nocturne, bris de verre, cris, chants, déchets abandonnés en pleine rue… L’office du tourisme a même dû mettre au point des règles de bonne conduite à l’intention des touristes séjournant à Kreuzberg. Il leur est rappelé qu’ils doivent ramasser leurs ordures, ne pas faire trop de bruit après 22h ou encore qu’ils n’ont pas le droit de boire partout. Il faut dire que la ville est assaillie : il en arrive de véritables hordes, armées de valises à roulettes qui causent fracas et tracas (pour les riverains, s’entend). Berlin a déjà enregistré près de 6,6 millions de visiteurs sur les sept premiers mois de l’année et elle attend 28,3 millions de nuitées sur l’ensemble de l’année (en comparaison Paris en a enregistré 36,5 millions sur les 12 derniers mois). Le Sénat de Berlin a d’ailleurs bien compris l’enjeu que cela représentait et il a mis en place la City Tax au début de l’année 2014, une taxe de séjour s’élevant à 5% du prix net de la nuitée. Il prévoit aussi d’instaurer des restrictions concernant la location d’appartements aux touristes afin de limiter la spéculation et donc la hausse des loyers.

Bukhart Kieker, chef de l’office du tourisme, constate que ce boom touristique fait vivre 200 000 personnes, ce qui en fait le principal secteur économique pour la ville. Il interprète les réactions de rejet des visiteurs étrangers comme des « douleurs de croissance ». Et de fait, si l’on grogne à Kreuzberg, la majorité des Berlinois déclare ne rien avoir contre les touristes. Les trois quarts pensent même que l’essor de la Berlin-mania aura des conséquences positives pour les habitants. Tout n’est pas perdu car ce n’est dans l’intérêt de personne de provoquer ce genre de réaction chez les touristes.

Laure Etienne

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Un commentaire sur “Je t’aime moi non plus : Berlin et ses touristes

  1. Je crois qu’il faut désormais éviter Berlin, l’explosion du tourisme a non seulement pourri l’ambiance mais aussi commercialisé la vie nocturne. Ces masses de touristes qui viennent à Berlin pour se bourrer la gueule et vomir 4 jours de suite sont un vrai problème. Je ne parle même pas de la gentrification qui rend la ville de plus en plus stérile et ennuyeuse. Il vaut mieux regarder du côté de Hambourg ou Leipzig, ambiance beaucoup moins superficielle et surtout beaucoup plus sympa. Bye bye Berlin…

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