Les médecins d’Épinal rejugés en appel

Deux médecins et un radiophysicien sont rejugés à partir du 12 novembre pour avoir accidentellement soumis 24 patients à des doses de radiations trop élevées alors qu’ils étaient traités pour un cancer de la prostate. Le parquet a interjeté appel de la condamnation pour homicide et blessures involontaires rendue en première instance : 18 mois de prison ferme, et une interdiction d’exercer. Récit de l’audience d’ouverture.

Paris - Île de la Cité: Palais de Justice
Palais de Justice de Paris (Flickr / Wally Gobetz)

C’est une nuée de caméras qui fond sur les victimes de l’accident d’Épinal au bout du couloir du Palais de Justice de Paris. Les yeux aveuglés par les flashs, les parties civiles tentent de se faufiler vers la salle, sous les cris des journalistes : « parlez-nous, on est venus pour vous ! ».

Eux aussi sont venus pour eux.

Des années après les faits qui sont se déroulés entre 2002 et 2006, la douleur est toujours vive – au sens propre, puisque les victimes souffrent de cystites et de rectites invalidantes suite à leur surexposition. Certains ont eu les intestins brûlés. Devant le cordon de sécurité qui bloque l’accès à la prestigieuse 1ère chambre de la Cour d’appel, une femme interpelle un médecin : « vous savez que vous êtes coupable, vous êtes un malade ! ».

Du haut du balcon réservé à la presse, une vue plongeante sur un parterre où se serrent toges noires et têtes blanches. La première adresse du Président concerne l’aménagement de la salle, toute en dorures et courants d’air, « prestigieuse mais peu pratique » : les éventuelles suggestions des parties pour en modifier l’agencement seront les bienvenues. Des dizaines de témoins vont s’y succéder jusqu’au 12 décembre, dans un confort tout relatif.

Cette première audience débute par l’énumération des 450 personnes à s’être portées partie civile. Ils sont environ 80 à être venus depuis les Vosges pour témoigner de leur souffrance. Droits, grisonnants, revêtus d’écharpes rouges à l’unisson, ils se lèvent à tour de rôle en entendant leur nom, annoncent leur présence d’une voix ferme. Certains, trop malades pour faire le déplacement, ont envoyés leurs proches. Deux autres n’auront pas vécu assez longtemps pour voir l’affaire rejugée.

Les témoins sont ensuite invités à quitter la salle pendant la lecture du rapport de faits. Le récit de l’un des plus graves accidents radiologiques au monde est glaçant.

De mauvaises manipulations répétées sur les installations de radiothérapie, « dont l’interface était en langue anglaise », ont entraîné chez de nombreux patients des surirradiations pouvant dépasser de 20% les normes de sécurité. 12 personnes en sont décédées. Les principaux intéressés reprochent au personnel médical de leur avoir longtemps caché l’accident, et d’en avoir dissimulé les preuves. Certains d’entre eux ont appris les faits en surprenant les conversations d’autres médecins et patients. D’autres…

Il manque une page au rapport du Président. D’autres ont appris bien plus tard ce dont ils avaient été victime, par hasard ou dans la presse.

La page était mal classée.

« Il y a un avant et un après Épinal », déclare le Président, avant d’ajourner l’audience jusqu’au lendemain. Une réalité inscrite dans la chair de ses victimes.

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