Amazon : Bataille rangée autour du livre numérique

Hachette Livre, filiale du groupe français Lagardère, et Amazon ont annoncé le 13 novembre dernier avoir signé un accord sur les conditions de « commercialisation des E-books et des livres imprimés ». C’est la fin d’un conflit long de plus de six mois. Conflit dont les échos s’étaient propagés jusqu’en Allemagne. Que s’est-il passé exactement ?

Sunshine Danbo
Amazon face au monde… et même pas peur. (Tim RT)

On se souvient des auteurs américains qui, en août dernier, ont protesté dans une lettre ouverte contre les pressions menées par Amazon sur l’éditeur Hachette. Dans la bataille pour rentabiliser les livres électroniques, la firme n’a pas hésité à se mettre à dos le monde de l’édition. A la suite des auteurs américains, le PEN, syndicat des écrivains allemands, a publié le 17 août dernier une lettre de protestation à l’intention de Jeff Bezos, fondateur d’Amazon, et du directeur d’Amazon Allemagne, Ralf Kleber. L’initiative, baptisée « Fairer Buchmarkt », un marché du livre plus juste, a eu un succès inattendu. En deux jours, elle avait déjà réuni 1120 signatures, dont des grands noms de la littérature germanophone, comme Christoph Hein ou l’auteure de romans policiers Ingrid Noll. La lettre a d’ailleurs dépassé les frontières allemandes : l’Autrichienne Elfriede Jelinek, prix Nobel de littérature en 2004, l’a également signée. Elle compte aujourd’hui plus de 2000 signataires, la question ne laisse donc pas indifférent. L’évolution du marché du livre ne peut qu’avoir des conséquences directes pour les auteurs. Et la politique parfois brutale d’Amazon exacerbe les tensions.

Règlements de compte dans les favoris

Implantée depuis 1998 en Allemagne, Amazon est devenue incontournable. (Sascha Kohlmann)

Le conflit entre Amazon et les maisons d’édition concerne principalement les prix de vente des E-Books : l’entreprise a réclamé 50% de réduction sur le prix de vente par les éditeurs, pour pouvoir proposer un tarif préférentiel à ses clients. Ce que les maisons d’éditions ont refusé. Les livres électroniques sont moins rentables ceux imprimés, une telle réduction les priverait de revenus considérables. Face au refus de grosses maisons, comme Hachette Livre ou les filiales éditions du groupe Bonnier, Amazon a décidé de boycotter les ouvrages des éditeurs récalcitrants :  elle a fait disparaître de ses listes de favoris leurs livres, électroniques ou imprimés, et a retardé leur livraison. Les éditeurs allemands Ullstein et Carlsten du groupe Bonnier ont été particulièrement touchés. Le simple fait qu’Amazon fasse ainsi pression prouve à quel point son monopole est puissant. En Allemagne, elle gère plus d’un quart du commerce en ligne.

Une « prise d’otage » inacceptable

C’est dans ce contexte qu’est parue la lettre ouverte du PEN, avec un message très clair : le conflit économique entre Amazon et Bonnier ne regardait qu’eux – prendre en otage les auteurs relève d’une faute morale. « Aucun libraire ne devrait empêcher la vente de livres, ni même dissuader les clients d’acheter des livres. […] Nous demandons [à Amazon] de garantir une culture du livre vivante et honnête et de mettre un terme à sa stratégie actuelle« , martèle la lettre – dont une version française est disponible sur le site.

Pour les germanophones qui veulent en apprendre plus, un reportage sur la question :

« Kindle Unlimited », l’E-Book en illimité

La contestation des auteurs allemands, bien que largement médiatisée, n’a pas changé la politique du géant américain. Il continue sa libéralisation de l’accès au livre numérique. Lors de la foire du livre de Francfort (Frankfurter Buchmesse), qui a eu lieu du 8 au 12 octobre, l’entreprise a annoncé le lancement en Allemagne de « Kindle Unlimited », un forfait à 9,99€ qui donne accès à 40 000 livres en allemand. L’offre, disponible aux Etats-Unis depuis juillet dernier, devrait aussi arriver bientôt en France. « Fairer Buchmarkt » l’a âprement critiquée, dénonçant des « soldes sur la littérature« . Au-delà des questions économiques, c’est pour l’initiative une question idéologique. Quelle valeur accorde-t-on au livre, et à son auteur ?

La question morale n’est pas prête d’être réglée. L’impératif économique, en revanche, a fait plier Bonnier, qui a signé le 22 octobre dernier un accord avec Amazon, dont les détails n’ont pas été rendus publiques. Trois semaines plus tard, Hachette Livre pliait aux Etats-Unis. Cette affaire aura au moins confirmé un fait : s’opposer à Amazon relève de plus en plus de l’impossible.

Juliette Gramaglia

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