Manuel franco-alllemand d’histoire : échec ou réussite ?

Le centenaire de la Première Guerre mondiale renforce la volonté de faire émerger une vision croisée de l’Histoire entre la France et l’Allemagne. Il y a quelques années cette idée a vu le jour sous la forme d’un manuel franco-allemand d’Histoire. Le premier tome est paru en 2006 et le dernier en 2011. Ces manuels ont-ils rencontré le succès escompté ?

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Couverture du volume 3 du manuel franco-allemand d’histoire (Ernst Klett Verlag GmbH)

L’idée de ce projet remonte au 23 janvier 2003. A Berlin, lors d’une séance du Parlement franco-allemand des jeunes, les délégués suggèrent au Bundeskanzler Gerhard Schröder et au Président de la République Jacques Chirac « la réalisation d’un manuel d’histoire franco-allemand au contenu identique pour les deux pays afin d’approfondir la compréhension mutuelle » (http://www.education.gouv.fr/cid4070/presentation-du-manuel-d-histoire-franco-allemand-a-peronne.html).

Elaboration du  projet

Sa réalisation fut longue et a dû surmonter de nombreux obstacles dès le choix du titre. Fallait-il faire un manuel franco-allemand d’Histoire ou un manuel d’Histoire franco-allemande ? C’est la première option qui fut finalement retenue. C’est pour cette raison qu’il ne s’agit pas d’un manuel bilingue, mais qu’existent une version allemande et une version française. Pour en savoir plus sur les débats autour de l’appellation : http://lefildubilingue.org/annexes-dossiers/le-manuel-franco-allemand-dhistoire

Trois volumes sont disponibles. Le premier s’adresse aux élèves des classes de secondes et traite de L’Europe et le monde : De l’Antiquité à la chute de Napoléon (2011). Le deuxième, destiné aux élèves de première, est consacré à L’Europe et le monde du Congrès de Vienne à 1945 (2008). Le troisième volume, pour les classes de terminales, traite de L’Europe et du monde depuis 1945 (2006).
Ils ont été édités conjointement par la maison d’édition française Nathan et par la maison d’édition allemande Klett.

Pour en savoir plus sur l’idée d’origine et la dimension politique du projet, vidéo de l’historien, romaniste Wittmann :


Enthousiasme de courte durée

L’idée de ce projet a été saluée avec enthousiasme par les enseignants, les élèves et les politiques. Mais il n’a pas rencontré pour autant le succès escompté par ses promoteurs.
Les deux premiers volumes ne se sont vendus qu’à 40000 exemplaires des deux côtés du Rhin et le troisième n’a été tiré qu’à 7000 exemplaires. Le prix Vauban reçu en 2006 ne parvient pas à masquer ce que de nombreux observateurs s’accordent à qualifier d’échec.
Aux raisons conjoncturelles comme la réforme des lycées sous le mandat de Nicolas Sarkozy (suppression de l’Histoire en classe de terminale S), s’ajoutent des raisons plus culturelles. Les méthodes d’enseignement français et allemand sont très différentes : le manuel est utilisé uniquement comme manuel d’appui par les professeurs allemands, tandis que les Français expriment une certaine méfiance vis-à-vis d’un livre soutenu directement par le pouvoir politique. Le manuel destiné originairement à toutes les classes, n’est finalement utilisé que dans les classes dites européennes, et ce des deux côtés du Rhin.

Projet pourtant toujours actuel : vers une histoire européenne ?

L’intérêt premier du manuel tient selon Daniel Henri à la manière dont les notions et thèmes historiques sont abordés et expliqués en fonction de la nationalité, à l’exemple de la Grande Guerre qui correspond à la Première Guerre mondiale pour les Français et à la Deuxième pour les Allemands.

Seuls les participants directs au projet continuent donc de le soutenir et sont convaincus de sa portée et de son importance, même si ils sont conscients des difficultés rencontrées dans son élaboration et dans son utilisation quotidienne. Pourtant son utilité reste certaine, l’actualité récente montrant bien la permanence des idées reçues et des incompréhensions dans le couple franco-allemand.

Lorsque l’on voit les difficultés rencontrées pour élaborer ce manuel commun entre deux pays, on peut légitimement se demander si l’écriture d’un manuel d’histoire commun à tous les pays d’Europe a quelque chance de pouvoir se réaliser un jour ?

Morgane Ciret

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