Gustav Klimt à la Pinacothèque : une exposition survendue

La Pinacothèque de Paris propose jusqu’au 21 juin 2015 une rétrospective de l’œuvre du peintre autrichien Gustav Klimt et de quelques-uns de ses contemporains. Un hommage décevant au courant de la Sécession viennoise, apparu au tournant du siècle dernier.

Gustav Klimt, Judith I (Wikimedia Commons)
Gustav Klimt – Judith I (Wikimedia Commons)

Difficile de passer à côté de l’événement. La Pinacothèque de Paris a vu les choses en grand pour sa campagne de communication, et partout dans Paris trônent les immenses affiches représentant Judith I, un célèbre – et magnifique – tableau de Gustav Klimt. Regardez-le bien, admirez-le tout votre saoul, car vous n’en verrez que peu d’autres dans l’exposition elle-même.

L’exposition se construit autour de deux tableaux du peintre autrichien : son Judith I (1901) et une reproduction de sa monumentale Frise Beethoven (1902), dont l’originale trône dans le palais de la Sécession à Vienne. Une fois vues ces deux œuvres majeures, le reste se montre bien vite décevant.

Gustav Klimt, Beethoven Fries - Détail (Wikimedia Commons)
Gusta Klimt, Beethoven Fries (détail) (Wikimedia Commons)

Il y aurait pourtant de quoi faire. Né en 1862 à Vienne, Gustav Klimt s’appliqua d’abord à peindre dans un style très académique, propre à son époque. La Pinacothèque expose quelques unes de ses œuvres de jeunesse, et son talent est déjà visible. Comparés aux œuvres de ses confrères, ses premiers portraits de femmes respirent la vie et le mouvement, notamment grâce à un jeu d’ombres et de lumières saisissant : elles semblent sur le point de se lever pour quitter le cadre. A la mort de son frère Ernst Klimt en 1892, lui aussi peintre, Gustav traverse une crise qui va profondément bouleverser son art. Son style se transforme radicalement, et il fonde en 1897 le mouvement de la Sécession viennoise avec des amis et collègues. Ils construiront à Vienne un lieu d’exposition, le palais de la Sécession, encore très actif aujourd’hui. Ce courant rassemble ceux qui souhaitent en finir avec les règles académiques du néo-classicisme en vogue. Gustav Klimt se met à l’utilisation de nouvelles couleurs, dont l’or, mêle onirisme et noirceur dans des œuvres croulant sous les détails. Sensible comme de nombreux contemporains à la figure de la femme fatale, il peint entre autres des femmes belles et inquiétantes, voire terrifiantes, telle la Judith exposée en ce moment à Paris.

Beaucoup de « fin de siècle », pas beaucoup de Klimt

On ne se sentira pas perdu dans le contexte politique et historique de ce que les germanophones appellent avec nostalgie la « Fin de siècle« , la Jahrhundertwende. La Pinacothèque offre un aperçu plutôt conséquent de la situation à Vienne à la fin du 19ème siècle – pour ceux qui auront la patience de lire les longues explications. La présence de certains tableaux rend toutefois assez perplexe, comme par exemple ces paysages parisiens au détour d’une salle. Certes, l’influence de Paris était grande à l’époque dans le monde artistique. Certes, l’exposition s’échine à montrer la rupture entre le style académique de l’époque et les multiples formes de peinture de la Sécession. Fallait-il cependant mettre un tel accent sur ces tableaux et leur consacrer une salle entière ?
Autre déception : il y a au final peu de tableaux ou croquis de Gustav Klimt, figure pourtant au cœur de l’exposition par son titre même. Une quinzaine sur un total de 180 œuvres, pour quatorze salles bourrées de monde, mal arrangées, étroites et au parcours parfois peu clair. Le reste de l’exposition nous présente donc d’autres artistes plus ou moins connus de la Sécession. A noter par exemple la présence de croquis et tableaux d’Egon Schiele, autre célèbre peintre de l’époque.

Vienne, Palais de la Sécession (Juliette Gramaglia)
Palais de la Sécession, Vienne (Juliette Gramaglia)

Les connaisseurs de l’art de Klimt ressortiront avec le plaisir d’avoir pu admirer Judith, œuvre impressionnante par sa beauté et l’impression de danger qui s’en dégage, et d’avoir eu un aperçu de la majestueuse Frise Beethoven. Pour les autres, ils n’auront eu qu’un bref – et frustrant – aperçu du style unique de l’Autrichien.

En bref, gardez vos 14€ (11,50€ en tarif réduit) et économisez-les pour vous offrir un voyage à Vienne, où vous aurez tout loisir d’admirer le génie de Klimt.

« Au temps de Klimt. La Sécession à Vienne », une exposition de la Pinacothèque de Paris, du 12 février au 21 juin 2015.

Juliette Gramaglia

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