Ce 10 juin 1944 à Oradour-sur-Glane

Le 10 juin 1944, le premier régiment « der Führer » de la division « das Reich » massacre 642 villageois, ne laissant que 6 survivants. Le témoignage de ces derniers permet la reconstruction précise des faits. Suite à l’initiative de De Gaulle, le village est conservé intact, laissant les ruines raconter l’histoire de ce lieu.

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Tout commence lors d’une chaude journée d’été. Les Oradouriens travaillant à Limoges sont rentrés pour le week-end dans leur famille. Il est 14 heures lorsque les premiers soldats allemands font leur apparition dans le village. Personne n’est alors inquiet car quatre jours après le débarquement des Alliées en Normandie, l’évidence de la défaite allemande est indiscutable. De plus, en ces temps de guerre, la présence de l’Allemand n’a rien d’inhabituel.

Aussitôt rentrés dans Oradour les SS font sortir tous les villageois de leur maison, les amenant au Champ de Foire, la place centrale. La raison officielle est un  « contrôle d’identité », acte récurrent en cette période. Insouciant, Monsieur Compain, pâtissier de profession, demande à un soldat : « Je viens de mettre des gâteaux au four et il faut que j’aille les sortir », « ne t’inquiète pas, on va s’en occuper », lui répond une sentinelle dans un bon français. Quelques minutes plus tard, d’autres chenillettes viennent déverser d’autres civils des villages voisins. A ce moment- là, personne ne se doute du drame qui les attend. Les jeunes hommes parlent du match de foot que l’Union Sportive d’Oradour doit disputer le lendemain. A 14 heures 30, certains soldats se rendent dans les écoles d’Oradour et ramènent tous les écoliers sur la place centrale.

Une demie-heure plus tard, les soldats séparent la foule : les femmes et enfants d’un côté, les hommes de l’autre. Pendant que le premier groupe quitte la place, les hommes doivent s’aligner le long d’un mur. Un officier SS demande alors s’ils ont des armes. Suite à la réponse de deux villageois expliquant qu’il y a quelques carabines, l’officier répond : « A Oradour nous savons qu’il y a un dépôt d’armes, nous allons perquisitionner et les personnes non concernées seront aussitôt en liberté ». Un soupir de soulagement se répand parmi les villageois.

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Place Champ de Foire de nos jours (Selin Verger).

Etant donné l’attente qui se prolonge les Oradouriens reprennent leurs conversations, certains s’assoient sur le bord du trottoir. Subitement les SS se mettent à séparer ce grand groupe d’hommes en six groupes inégaux et se dirigent ensuite vers différentes granges. Les seuls rescapés de ce massacre sont ceux de la grange Laudy. Pendant ce temps, les femmes et les enfants sont amenés dans l’église à la sortie du village. Rassurés, les hommes pensent ainsi qu’on les emmène avec leurs bambins en lieu sûr.

Vers 15 heures 30, tout le monde a pris place dans les différentes granges. Certains sont assis dans le foin, un SS leur demande de se relever. Deux mitrailleuses sont installées à l’entrée. Les conversations jusque-là encore très fréquentes se taisent les unes après les autres. Il faisait chaud. Un malaise oppressant s’installe. Se convaincre que tout va bien se terminer devient de plus en plus difficile à croire : « Une perquisition à l’échelle d’un bourg doit certainement prendre beaucoup de temps. Chacun s’était sans doute convaincu de la même chose, mais plus personne ne parlait » raconte l’un des seuls survivants, Robert Hébras. Mais les soldats allemands ne laissent rien transparaître, certains sont allongés derrière les mitrailleuses, un autre avale de temps en temps un morceau de sucre qu’il sort de sa poche. C’est un face à face silencieux pendant lequel rien ne se passe.

Tout d’un coup, à 16 heures, l’explosion d’une grenade retentit. A ce signal, les soldats allongés derrière les mitrailleuses ajustent leur position et se mettent à tirer en même temps dans toutes les granges du village. Le feu est mis à l’église et les soldats tirent sur toutes les femmes et enfants. En l’espace de quelques minutes, la population d’un bourg est anéantie. Robert Hébras est allongé parmi les autres corps, certains vivent encore et sont exécutés sous ses yeux. Un de ses camarades de foot a la tête sur sa jambe. Hébras reçoit une balle lorsqu’un soldat donne le coup de grâce à son ami. Après avoir tiré dans le tas pendant plusieurs minutes les soldats SS recouvrent les villageois de paille et de fagot pour mettre tout le village en feu. Quand le feu gagne Hébras, il réussit à s’échapper par une porte au fond de la grange donnant sur une cour intérieure sans issue. Là, quatre autres rescapés le rejoignent. Lorsque le feu atteint la cour, l’un d’entre eux se met à creuser un trou dans le mur par lequel ils s’échappent pour se cacher dans des clapiers où ils restent pendant environ trois heures. Vers 19 heures, ils sont chassés de leur cachette par le feu. Après avoir trompés la vigilance de deux sentinelles ils sont enfin « libres ».

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Remise Beaulieu, endroit où un groupe d’hommes est exécuté (Selin Verger).

Chez les femmes, une seule, Madame Rouffanche, survit au massacre dans cette église. Elle s’échappe par le vitrail brisé derrière l’autel, une autre femme la suit avec son nourrisson, mais les soldats alertés par les cris de l’enfant se mettent à les mitrailler. Madame Rouffanche se cache alors entre des rangs de petits pois où elle reste allongée, blessée jusqu’à ce qu’on viennent lui porter secours le lendemain à 17 heures.

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L’église d’Oradour 70 ans après le drame (Selin Verger).

Le massacre terminé, les Nazis organisent une chasse à l’homme. Les villageois qui réussissent à s’enfuir des granges sont systématiquement abattus. Ainsi, on peut voir aujourd’hui dans tout Oradour de nombreuses plaques commémoratives. Des personnes ont été jetées dans le puits, certaines fusillées dans la pharmacie, d’autres brûlées devant la boucherie etc. La barbarie est présente à chaque coin de rue. Après avoir pillé Oradour, les SS mettent le feu au reste des bâtiments. Le village disparaît sous les flammes. Ce n’est que le lendemain dans l’après midi que les habitants absents lors du massacre se rendent à Oradour découvrant l’horreur qui avait eut lieu la veille. « L’amas immense de cendres humaines était ce qui restait d’une population encore pleine de vie la veille » R. Hébras.

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Axe principal d’Oradour, à gauche les rails du tram (Selin Verger).

Le 10 juin 1944, 642 personnes sont exécutées par les SS. Oradour est rayé de la carte en quelques heures. La plus jeune des victimes n’avait que 8 jours. Mais Oradour n’est pas un cas isolé, d’autres villages ont subi la sauvagerie des Nazis. Ainsi, 476 personnes sont mortes le 10 juin 1942 à Lidice en Tchécoslovaquie, 1836 à Marzabotto en Italie entre le 8 septembre et la 5 octobre 1944, 239 à Distomon en Grèce le 10 juin 1944 et 126 à Maillé en France le 25 août 1944.

L’ordre pour le massacre d’Oradour fut probablement donné par le général Lammerding, également responsable des 99 pendaisons de Tulle le 9 juin 1944. Le chef des opérations était cependant le commandant Dickmann, secondé par le capitaine Kahn et le sous-lieutenant Barth. Dickmann et Kahn sont probablement morts peu de temps après le massacre au cours de la guerre. Lors du procès qui eut lieu à Bordeaux et à Berlin en 1953, Lammerding fut condamné à mort, sentence qui n’a jamais été exécutée car les Anglais ont refusé de l’extrader. Il finit sa vie à Düsseldorf où il vécut paisiblement jusqu’à sa mort en 1971. Quand au lieutenant Barth, condamné à perpétuité par le tribunal de Berlin , ne regretta pas son acte qu’il qualifia de normal.

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Cimetière d’Oradour où sont enterrées les martyrs (Selin Verger).

Aujourd’hui, seules les ruines demeurent pour témoigner de cette atrocité. L’année dernière marqua un tournant dans l’histoire de l’Oradour post-massacre. Pour la première fois, un haut dirigeant allemand s’est rendu sur les lieux pour commémorer ce génocide. Ensemble, les présidents français et allemand, François Hollande et Joachim Gauck, se sont rendus main dans la main avec l’un des derniers rescapés dans l’église pour une minute de silence.

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L’entrée du Bourg aujourd’hui (Selin Verger)

 

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