Arthur Frayer-Laleix : un journaliste dans la peau d’un migrant

Du long trajet des réfugiées jusqu’à l’Europe nous n’avons que des images prises par les médias à certain points clés. Le reste est flou: comment se sentent-ils à leur arrivée ? Comment vivent- ils le trajet ? Le journaliste Arthur Frayer-Laleix s’est posé les mêmes questions et il a pris une voie inhabituelle … 

refugees welcome (wikipedia.org/Haeferl)

Le reporter de 32 ans s’est glissé dans la peau d’un migrant pendant deux ans : Il a changé son prénom, ses vêtements, et a laissé pousser sa barbe. Son périple l’a mené au Pakistan, en Bulgarie, en Turquie, en France. Une enquête sur l’univers des migrants, qu’il a publiée le 7 octobre 2015 sous la forme d’un livre, Dans la peau d’un migrant. Des expériences intenses mais aussi dangereuses, vécues par « Akhter », son alter-ego réfugié. Il s’est, par exemple, volontairement fait arrêter à la frontière de la Turquie et de la Bulgarie, en espérant s’infiltrer dans un centre de rétention pour réfugiés. Mais les policiers bulgares l’ont enfermé dans leur coffre de voiture, maltraité, avant de le relâcher en Turquie. Ce sont ces descriptions vraies et choquantes, qui rendent son ouvrage réaliste et important. Des expériences qui nécessitent, selon Arthur Frayer-Laleix, une préparation « froide, calculatrice ». Une force et un contrôle de soi qu’il puise dans la pratique du judo et un cadre familial apaisant.

Etant journaliste, il essaie d’aller toujours au fond de ses recherches. Pour cela, il a une recette simple : voir les choses avec les yeux d’une autre personne.

Ce grand sens de l’observation, il l’éprouve dès sa sortie de l’école de journalisme de Strasbourg en 2008. Pour son livre Dans la peau d’un maton (2011), il a utilisé une méthode identique : se grimer en clandestin. « La prison est un univers très cloisonné, il n’y a pas de regard neutre là-dessus. Moi, j’avais besoin de la voir au plus près, sans filtre », explique le téméraire journaliste. Le résultat, après plusieurs mois comme gardien dans la prison de Fleury-Mérogis puis dans la maison d’arrêt d’Orléans : un livre qui décrit la réalité carcérale, sa surpopulation, ses humiliations quotidiennes et ses tensions sous-jacentes.

Avant tout, c’est la complexité humaine qui inspire son travail: « Je ne suis pas militant, j’aime simplement raconter l’humain dans les non-dits. On ne peut pas décrire quelqu’un comme foncièrement bon ou méchant ». Une façon d’écrire influencée par la lecture du journaliste allemand Gunther Wallraff et de l’écrivain belge Georges Simenon.

Le journaliste indépendant (Le Monde, Télérama) est aussi formateur en école de journalisme (CFPJ et ESJ Pro). Il fait vivre sa passion pour l’écriture en restant proche de ses sujets: « J’ai toujours voulu enquêter par le bas, en faisant parler les petites gens, les victimes de la crise ». Aujourd’hui, il se concentre sur les quartiers difficiles, l’immigration clandestine et les économies parallèles.

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