Etat d’urgence contre écologistes : que se passe-t-il en France?

24 militants écologistes assignés à résidence durant la COP21, annulation des manifestations pour le climat, maraîchers bio perquisitionnés en Dordogne, coups de matraque et gaz lacrymogène sur les militants écologistes, 289 interpellations et 174 gardes-à-vue après la chaîne humaine pour le climat dimanche dernier. Que se passe-t-il en France ?

(Flickr: laetitiablabla)

Il y a deux semaines, seulement six députés se sont opposés à la prolongation de l’état d’urgence à l’Assemblée Nationale. Parmi eux, Isabelle Attard, députée écologiste. « J’estime qu’on avait encore un minimum de justice dans notre pays jusqu’au 13 novembre. Depuis, on a atteint quasiment 500 perquisitions en quatre jours. Qu’est-ce que ça veut dire ? Soit qu’on n’a absolument rien fait depuis le mois de janvier. Soit que, depuis quelques jours, on fait n’importe quoi et que les perquisitions ne concernent pas seulement le terrorisme. C’est très inquiétant. Mais il faut croire que tout le monde s’en fout », confie la député au quotidien en ligne Reporterre. Une semaine après, la France annonce au Conseil de l’Europe qu’elle ne respectera pas la Convention Européenne des droits de l’Homme.

Beaucoup d’écologistes voient dans l’interdiction de la marche pour le climat une volonté politique, un prétexte, pour interdire opposition, alors que marathons, matchs de foot ou le marché de Noël des Champs Elysées ne sont pas annulés. Comment ne pas leur donner raison alors que, selon l’AFP, 24 militants écologistes sont assignés à résidence dans le but précis de leur éviter de se rendre à la COP21 ? Parmi eux, Joël Demenjoud, assigné à résidence sur la durée de la COP, accusé de préparer des actions visant à troubler l’ordre public. Membre de la Coalition Climat, qui regroupe 130 ONG, il devait accueillir les convois de Zadistes pour mettre la pression sur les négociations de la COP. Son assignation à résidence est dénoncée par la Ligue des droits de l’homme : « Si l’on avait besoin d’une confirmation que l’état d’urgence est un danger pour les libertés publiques, cette mesure en attesterait, tant elle révèle que la lutte contre le terrorisme n’est ici qu’un prétexte pour interdire toute voix dissonante ». Selon Le Monde, plusieurs militants ont également reçu la visite de la police, venue les questionner sur leurs activités. Mieux encore, une perquisition administrative a été ordonnée par le préfet de Dordogne dans une ferme du Périgord Vert. Les gendarmes, qui évoquaient une action contre l’aéroport Notre-Dame-des-Landes, à laquelle les fermiers auraient participé trois ans plus tôt, ont fait chou blanc. Ils ont au passage copié toutes les données informatiques de la ferme et mis les téléphones portables sur écoute. La police a-t-elle oublié le but de l’état d’urgence : arrêter les terroristes de l’état islamique ?

Depuis la déclaration de l’état d’urgence, les exactions policières sont nombreuses. Tellement nombreuses que plusieurs sites internet les recensent. La dernière en date eu lieu dimanche dernier, lors de la chaîne humaine pour le climat, sur la place de la République à Paris.

Certains ont accepté l’interdiction en manifestant symboliquement (montagne de chaussures Place de la République, #march4me sur internet), d’autres, soutenus par plusieurs intellectuels qui, dans Libération, ont appelé à braver l’interdiction, ont proposé une chaîne humaine pour relier Nation à République. Car derrière l’état d’urgence il y en a un autre : le réchauffement climatique.

« Après avoir attaqué les forces de l’ordre et leur avoir lancé des bougies, des casseurs, habillés en noir, ont rapidement disparu », relate un journaliste de Reporterre qui se trouvait sur place et filmait l’action. Ce sont ensuite des centaines de manifestants écologistes non-violents qui ont fait les frais de ces provocations, à coup de gaz lacrymogènes, de matraques et de grenades assourdissantes. Pendant plusieurs heures, trois à quatre cents manifestants, certains blessés, ont été immobilisés par les forces de l’ordre puis partiellement embarqués. Ne pourrait-on pas mieux utiliser les forces de police en ce moment ?

Quelques rappels utiles : après le 11 septembre, le Patriot Act de Bush devait être temporaire, il est toujours en vigueur. Au Canada, le mouvement écologiste et particulièrement anti-pétrole est muselé depuis des années au nom de la lutte antiterroriste, car il risque d’entraver « le fonctionnement d’infrastructures essentielles », sous-entendu : les oléoducs.

La France, responsable en ce moment pour trouver un accord historique contre le réchauffement climatique, montre un bien triste spectacle.

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