Une histoire polonaise

Dans le box en verre de la salle n°3 de la Cour d’assises de Paris, ce matin de mi-novembre, Andrzej, la cinquantaine, est jugé pour tentative d’homicide volontaire.

Palais de Justice de Paris
Cour d’honneur du Palais de justice de Paris

Larges épaules, cheveux châtain clair coiffés en arrière, le Polonais est prostré, le regard fixe. Le 19 mai 2013 à 0h45, il avait poussé dans la Seine deux lycéennes, M. et S., assises sur un balcon du pont Bir Hakeim à Paris. D’abord fugitif, il s’était finalement présenté vers 4 heures au commissariat du 7ème arrondissement, avouant avoir fait « une grosse bêtise. »

Après lecture du dossier d’instruction, le Président de la Cour, cheveux gris foncé en bataille et joues rondes, invite Andrzej à donner sa version. « Je voulais leur faire peur. Il avait plu. J’ai glissé sur le sol, et je les ai poussées plus que prévu », explique-t-il de sa voix basse et grave.

Sur son parcours, Andrzej n’aurait pas dit grand-chose sans l’interrogatoire du Président. D’abord carreleur, marié puis divorcé, père de deux enfants, il a quitté la Pologne en 2004, « quand le pays adhère à l’Union Européenne. » Sa nouvelle compagne, qui « n’y voyait plus d’avenir », l’a convaincu de gagner l’Allemagne. « J’y avais de la famille », ajoute-t-il. Après leur rupture en 2006, il est parti pour le Royaume-Uni. « Mon chef avait des contrats en Angleterre, où j’allais gagner près de 2000 livres par mois », précise-t-il. Le soir du méfait, c’était sa première fois à Paris. « Mon chef m’a accordé un week-end de congé. Il m’a donné le choix entre Amsterdam et Paris. »

Le Président l’interrompt. « On a l’impression que les questions vous embêtent ! – Non, non, je réponds », proteste le prévenu, toujours indifférent. « Est-il bien conscient qu’il est dans son intérêt de donner aux jurés, qui n’ont pas lu les documents, tous les éléments qui peuvent lui être favorables ? », relance le Président. Des réponses négatives se font entendre.

L’avocat de la défense, lunettes rondes et barbe soignée, s’adresse à son client. « Vous avez refusé que vos enfants vous rendent visite en prison, alors qu’ils le souhaitaient. Pourquoi ? – J’ai honte. – Avez vous repris contact avec votre employeur ? – Non. – Pourquoi ? – J’ai honte. » Les questions auront beau se multiplier, personne ne connaîtra la vérité sur l’âge de ses enfants ou sur son alcoolisme. « Quand j’ai parlé à l’enquêtrice, je pense qu’il y a eu des problèmes de traduction », prétend le Polonais.

Difficile également de savoir s’il a déjà été condamné. Le dossier d’instruction indique deux ans d’emprisonnement, à l’âge de 20 ans, pour avoir frappé un policier. L’accusé nie. « S’agit-il là encore d’un problème de traduction ? », s’impatiente le Président. Dans l’assistance, certains sourient. Le Polonais, toujours impassible : « Oui. En plus, le psychologue ne m’a vu que cinq minutes. »

L’avocat général, jusqu’ici silencieux, se lève alors. Cheveux gris clair coiffés sur le côté, visage fin, une main dans la poche de sa toge, il fait de grands gestes de l’autre. Sa diction est nerveuse. Il souligne que les versions du psychologue, du psychiatre et de la chargée d’enquête se contredisent. « J’ai dit la vérité, répond Andrzej. – Mais à qui ? À qui ? – Je dis la vérité, maintenant. »

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