Internet comme outil journalistique au Maroc : entre opportunité et contrainte

Octobre 2016 - Hicham Mansouri et Abdessamad Ait Aicha (Samad Iach)
Abdessamad Ait Aicha (Samad Iach) et Hicham Mansouri le 26 octobre 2016 à Paris, CC-BY Berlin Sur Seine

Ce mercredi, deux journalistes en ligne manquent à l’appel devant le tribunal de Rabat au Maroc. Hicham Mansouri et Abdessamad Ait Aicha (Samad Iach) sont à Paris et témoignent de leurs conditions de travail en tant que journalistes d’investigation au Maroc.

Pour nombre de journalistes marocains, internet est une mine d’or en termes d’informations. Accessible et rapide, il donne accès à un nombre incalculable d’informations. « Presque tous les citoyens marocains sont en ligne et publient des informations rapidement qu’il est facile de relayer » explique Hicham Mansouri. Il est également le média le plus utilisé par les jeunes entre 18 et 24 ans et la source d’information à laquelle ils font le plus confiance.
Les réseaux sociaux ont aussi leur importance: Facebook est très populaire et utilisé par un nombre très important de Marocains. Quant à Twitter, il est considéré comme un outil important par Samad Iach qui affirme cependant qu’il reste moins utilisé que d’autres réseaux sociaux.

Ces réseaux sociaux sont le terreau de nombreux mouvements protestataires à commencer par le Mouvement du 20 février (en 2011), variante marocaine du  « Printemps arabe ». En plus de rassembler et d’informer, les médias sociaux et les journaux en ligne mettent en évidence les dérives du gouvernement marocain. Hicham Mansouri rappelle que lors des manifestations récentes contre le parti des islamistes, les réseaux sociaux ont dévoilé que ces manifestations avaient été montées de toutes pièces.

Les activistes en ligne marocains ont également permis le réemprisonnement de Daniel Galvan, pédophile et espion libéré par le Roi du Maroc.

Etre activiste en ligne au Maroc: une prise de parti dangereuse

Réelle opportunité en termes d’investigation, les journalistes marocains rappellent qu’internet est à utiliser avec précaution. Depuis ces mouvements contestataires de 2011, les contraintes du journalisme en ligne se sont, en effet, endurcies au Maroc: plus surveillée, l’utilisation de ces médias peut s’avérer dangereuse. Hicham Mansouri et Samad Iach ont été inquiétés par le gouvernement marocain à cause de leurs pratiques journalistiques sur internet. Voulant promouvoir ce qu’ils appellent le « journalisme citoyen », ils ont mis en place une application smartphone – Story maker – gratuite et offerte au téléchargement, où tous pouvaient rendre compte de l’actualité du Maroc. Ils ont alors été accusés « d’atteinte à la sûreté intérieure de l’Etat », les autorités estimant que le journalisme citoyen est susceptible d’ébranler la confiance des Marocains en leurs institutions. Selon Amnesty International, l’objectif de cette accusation est « la répression de la liberté de la presse ». Une répression qui grandit encore, si l’on en croit un article de L’Obs datant de 2015. Il y est écrit que Mustapha El Khalifi, ministre de la communication au Maroc (et islamiste) avait pour projet de réformer le code de la presse et de criminaliser certaines pratiques journalistiques. Avant même ces projets de loi, nombre d’activistes en lignes avaient été inquiétés: Ali Anouzla, fondateur du site Lakome, a été arrêté en 2013 après avoir publié sur son site une vidéo d’Al Qaïda appelant au jihad contre le Maroc et son Roi. Inculpé, il risque jusqu’à 20 ans de prison pour « aide matérielle, apologie du terrorisme et incitation au terrorisme».

Le Maroc recule donc en termes de libertés de la presse sur internet. Les réseaux sociaux et certains sites servent en effet à espionner les journalistes indépendants et vérifier les contenus de ce qu’ils publient. La loi de 2002 sur la presse donne droit au gouvernement d’arrêter toute publication portant « atteinte à l’islam, la monarchie, l’intégrité territoriale ou l’ordre public ». Un recul dans le respect des droits des citoyens marocains.

Marine Vazzoler

Plus d’informations sur les méthodes de travail des deux journalistes ici.

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