« Les politiques et Youtube, ce n’est pas encore ça. »

Jean Massiet est un streamer à plein temps. Depuis septembre 2015, il décortique en direct sur sa chaîne Youtube Accropolis les discours politiques et les Questions au Gouvernements (QAG) de l’Assemblée nationale à la manière d’un commentateur sportif. Dans un café parisien, il raconte son parcours entre engagement associatif et politique.

Comment est né ce projet Accropolis, où vous commentez en live des débats à l’Assemblée nationale sur Youtube ?

Il y a eu un élément déclencheur : l’attentat de janvier 2015 contre Charlie Hebdo. Ce fait a été pour moi un énorme choc citoyen. Je me suis dit que la société dans laquelle on vit n’allait pas du tout. Tout d’un coup, je voulais monter ou rejoindre un projet. Je ne savais pas exactement. J’y réfléchissais beaucoup, puis j’ai eu l’idée de créer Accropolis. Au début, le projet était de commenter en direct les Questions au Gouvernement à l’Assemblée nationale à la manière d’un commentateur sportif ou plutôt eSportif, c’est-à-dire de jeux vidéo. L’idée m’est venue de la rencontre de deux constats : d’abord, les jeunes de ma génération sont extrêmement détachés de la politique. Ensuite, que la politique telle qu’elle a l’habitude de se faire et de se montrer reste ennuyeuse et compliquée. La politique, qu’on le veuille ou non, c’est des vieux en costard qui parlent sérieusement de sujets sérieux. On peut tourner le sujet dans tous les sens, on n’en sortira pas. C’est normal que ce soit comme ça. Du coup, il y a besoin de créer un pont, c’est-à-dire un médium, entre ces jeunes et la politique. Ce médium, c’est Accropolis qui permet de parler d’une nouvelle manière de la politique aux jeunes. Le projet est né de cette manière.

Est-ce d’une certaine manière de la «  vulgarisation » de ces débats politiques ?

Oui, c’est vulgariser au sens noble, rendre accessible la politique à un public profane. C’était important pour moi parce que je me suis aperçu en étant une des petites mains de la politique (Collaborateur d’élu à la mairie de Paris, plume de Marisol Touraine, ndlr) que j’avais acquis beaucoup de compétences et de connaissances sur le fonctionnement politique qui m’était utile pour me faire ma propre opinion. Cela reste très difficile de se positionner politiquement soi-même quand on n’a pas les codes et qu’on n’en maîtrise pas les outils. Je souhaite donner aux citoyens les clefs de compréhension pour qu’ils se fabriquent leurs propres opinions. L’importance de la vulgarisation est là. L’autre raison, c’est le décalage entre les jeunes et la politique. Non seulement j’ai envie de vulgariser la politique auprès des jeunes mais j’ai aussi envie de vulgariser les jeunes auprès de la politique. J’aimerais que les politiques se saisissent des outils comme Youtube.

Les politiques sont déjà très présents sur tous les réseaux sociaux et en particulier sur Youtube.

Oui, mais la question c’est de savoir ce que font les politiques sur Youtube. Leur utilisation se limite à celle d’une plateforme de communication politique. La plupart d’entre eux font des vidéos face-caméra pour expliquer aux internautes leurs programmes, leurs propositions, leurs indignations, etc. Ils sont dans la communication verticale traditionnelle comme à la télévision. C’est normal de la part des politiques puisqu’ils appartiennent à une génération qui a vu l’ensemble de la politique française s’organiser autour de la télévision. Les politiques vont sur Youtube parce que c’est gratuit. Ils peuvent s’offrir des émissions d’une heure là où à la télévision ils ne parlent que 5 minutes. A mon avis, ils passent à côté de l’objectif de la plateforme vidéo. Il n’y a pas encore de politique qui utilise Youtube comme les youtubeurs français : comme un outil d’interaction avec une communauté. J’attends l’évolution. Qu’un jour, soit des politiques se lancent sur Youtube, soit que des youtubeurs se lancent en politique mais avec le vrai fondement du lancement sur Youtube. Je commence à suivre Jean-Luc Mélenchon qui est le politique qui s’en rapproche le plus, même s’il reste encore loin des youtubeurs. Il essaie d’être dans cette dynamique d’échange. Je ne sais pas jusqu’où il ira. Je pense qu’il reste un vieux monsieur et qu’il n’ira pas au bout. En tout cas, il est de loin bien meilleur que les autres.

La plateforme Youtube, va-t-elle avoir un rôle important dans la course à la présidentielle 2017 ?

C’est ce qui se dit. On disait que 2007, c’était l’élection des blogueurs, 2012, l’élection de twitter et on dit beaucoup que l’élection de 2017 devrait être celle des youtubeurs. Franchement, je trouve que cela reste un peu poussif. Il n’y a pas un mouvement suffisamment massif pour que Youtube représente quelque chose qui pèse dans une élection qui concerne 40 millions d’électeurs. Les politiques et Youtube, ce n’est pas encore ça. Du côté des youtubeurs, ils abordent très peu les questions politiques. Certaines chaînes abordent la politique avec un angle assumé. Ils utilisent Youtube comme une tribune. Cela est en général assez bien fait. Est-ce que ces gens-là peuvent avoir un impact sur le vote ? J’en doute. Il faudra le vérifier dans les études qualitatives après le premier tour.

Advertisements

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s