Amélie Ravalec, plongée dans l’underground

Photo article Amélie Ravalec.jpg

C’est en octobre 2012 que j’ai découvert le travail d’Amélie Ravalec à l’occasion de la sortie de son premier film documentaire Paris/Berlin 20 years of underground techno en français. Mon goût prononcé pour cette musique découverte quelques années plus tôt à Berlin m’avait alors poussé à la Gaîté Lyrique pour la projection en avant-première de ce documentaire retraçant l’histoire du mouvement techno à Paris et à Berlin. Et c’est donc quatre années plus tard à quelques jours près (ndlr la projection était un 12 octobre, j’ai vérifié !) que je peux enfin mettre en lumière celle qui a donné la parole au monde très secret et discret de la techno underground.

Amélie est à l’image du monde qu’elle documente : sobre et réservée. Malgré son nom à consonance bretonne, elle est née et a grandi à Paris. Représentative de la « génération Erasmus » qui s’est envolée aux quatre coins du monde, elle s’est expatriée à Berlin, Melbourne, Perth, Bruxelles, Bristol et Londres. Elle n’est pas musicienne même si elle possède un synthé et quelques machines avec lesquels elle a réalisé un morceau un an après la sortie du documentaire pour la sortie de la BO de son film (à écouter ici) en collaboration avec Dax J, excusez du peu. Amélie est une autodidacte « qui n’a pas privilégié l’apprentissage académique ». Son film documentaire en est d’ailleurs la preuve car il est l’aboutissement d’une passion née lorsqu’elle fréquentait encore les scènes techno underground. Elle dit d’elle même « qu’elle sortait beaucoup » et qu’elle a ainsi commencé à vouloir filmer ce monde méconnu du grand public et ce, trois ans durant.

C’est à Berlin qu’Amélie a trouvé l’inspiration pour son film en allant interviewer les artistes qui la faisaient danser pendant des heures. Dans son film, la capitale allemande est décrite comme une Mecque de la techno à l’image de ce que représente Kingston pour la musique reggae : un lieu propice à l’épanouissement de cette culture. Même si elle est aujourd’hui installée à Londres, elle reste attachée à Berlin et est toujours tiraillée comme beaucoup d’entre nous entre Kreuzberg et Neukölln. Lorsqu’elle s’y rend, elle fait « la tournée des disquaires » afin de dénicher les pépites de son genre de prédilection : la techno industrielle. Un genre auquel elle s’est davantage intéressée dans son deuxième film documentaire sorti en 2015 Industrial soundtrack for the urban decay qui retrace les débuts de la musique industrielle en Europe et outre Atlantique.

Une nouvelle fois Amélie met en lumière un genre méconnu et des artistes pionniers du genre, totalement oubliés aujourd’hui et dont pourtant le travail a été essentiel à l’avènement de la techno il y a une vingtaine d’années et si prisée à l’heure actuelle. En revisionnant ses travaux, je n’y ai pas seulement vu un historique du mouvement mais une réflexion et des interrogations sur le futur d’un genre devenu non pas commercial, mais appartenant à la culture commune. En Allemagne par exemple où dernièrement, le temple de la techno qu’est le club du Berghain est entré au patrimoine culturel de la ville. L’endroit situé à la jonction des quartiers de Kreuzberg et Friedrichshain a la réputation « de meilleur club du monde » et aussi d’être très secret et de vouloir le rester. Paradoxal alors d’accepter d’être inscrit au patrimoine de la ville ? De cet endroit, elle n’en garde que des excellents souvenirs « puisqu’il n’a pas d’égal » selon elle.

Si Berlin fût un coup de cœur, Amélie a fait le choix de s’installer à Londres car passionnée de longue date « par des écrivains et musiciens anglais ». Dans la capitale anglaise, elle travaille comme monteuse et étalonneuse. Elle s’y épanouit, la ville jouissant d’un rayonnement international propice à toujours plus d’opportunités. Pour ce qui est des regrets, Amélie voit les nombreuses fermetures de lieux culturels comme dommageables pour la ville. Dernier en date la possible fermeture du mythique club Fabric suite aux décès de deux jeunes l’été dernier (ndlr le club londonien va finalement rouvrir le 6 janvier 2017). La gentrification faisant son effet, « ça finira probablement transformé en bloc d’appartements de luxe » me confie t-elle. A propos du Brexit, elle se dit inquiète au vu de l’inflation naissante et du manque de visibilité pour les ressortissants européens et celui du gouvernement qui navigue à vue sur cette question. Mais elle n’a pour autant pas envisager de départ à l’heure actuelle et reste bien accrochée à sa vie londonienne. Pas de retour prévu à Paris donc, et c’est bien dommage, notre chère capitale et ses nouvelles scènes émergentes ont pourtant bien changé et ne demande qu’à être documentées. Alors oui, Paris n’est ni Berlin ni Londres, mais la capitale française, malgré tous ses défauts, regorge encore de talents et de secrets. D’ailleurs de nombreux collectifs nous le prouvent chaque week-end. Alors si Brexit il y a, ce que je ne souhaite pas, sache Amélie que toute une communauté d’amoureux de techno bien industriel n’attend que le retour de talents comme toi parmi nous.

 

Advertisements

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s