Une campagne au cœur de la CDU d’Angela Merkel

Le parti chrétien-démocrate est sorti en tête des suffrages des 19èmes élections allemandes pour le Bundestag. Mais son score historiquement bas (32,9%) et l’entrée au parlement du parti d’extrême droite Alternative pour l’Allemagne (AfD) viennent ternir cette victoire.

« Une Allemagne dans laquelle il fait bon vivre », slogan de campagne de la CDU pour les élections législatives de 2017. CC BY SA Konrad Adenauer Stiftung France 


Berlin, envoyé spécial – Douche froide pour les chrétiens-démocrates. Les cris de joie annoncés ne se sont pas fait entendre au siège fédéral de la CDU, au 8 Klingelhöferstrasse à Berlin, dimanche 24 septembre au soir. Devant la Konrad-Adenauer-Haus, d’immenses tentes avaient été déployées pour l’occasion. Plus de 5000 personnes s’étaient rassemblées pour assister à cette soirée qui promettait d’être festive. Journalistes, militants, personnalités connues du parti et autres invités s’étaient réunis autour des nombreux postes de télévisions. Mais le score premièrement annoncé de 32,5% a glacé toute la foule et fait régner un long silence. Les 13% de l’AfD n’y étaient pas non plus étrangers.

Endiguer l’opposition de gauche

« Si on obtient 37% des voix, ce sera une très belle victoire. Si on a 34%, là ce serait une déception », prévenait quelques heures plus tôt Knut Bergmann, directeur à Berlin de l’Institut de l’économie allemande et membre de la fondation Konrad Adenauer. S’il ne voulait pas faire de pronostic quant au scrutin, ce responsable de la fondation semblait faire confiance aux sondages et à leur marge d’erreur d’environ trois points. Le 22 septembre dernier, trois instituts de sondages différents (Allensbach, Forsa et Insa) estimaient le score du parti chrétien-démocrate entre 34 et 37%, à deux jours du scrutin.

Knut Bergmann au bureau de la Fondation Konrad Adenauer à Berlin, le 24 septembre. CC BY SA Fondation Konrad Adenauer France

La CDU de la chancelière avait pourtant mené une campagne sans accroc. D’abord en neutralisant la SPD de Martin Schulz. Membres de la « Grande Coalition », les sociaux-démocrates n’ont pas su se démarquer des chrétiens-démocrates, à l’image du « duel » télévisé entre les deux candidats à la chancellerie jugé ennuyeux par la presse allemande, tant il était dépourvu de débat. En faisant voter la loi sur le mariage pour tous en juin dernier, la chancelière allemande avait déjà coupé l’herbe sous le pied des Verts et de la gauche et ainsi endigué leur campagne.

Le rôle des nouvelles technologies

Mais le parti conservateur a aussi misé sur deux thèmes sur lesquels il n’était pas attendu : la jeunesse et les nouvelles technologies, faisant l’impasse sur la question sensible de l’immigration. La CDU a préféré s’appuyer sur la « Junge Union » (la jeune union) pour mener campagne « branchée ». Sur les 110 000 jeunes adhérents, une vingtaine a formé le groupe Connect 17. « Notre rôle est de mener une nouvelle méthode de mobilisation, basée sur la stratégie digitale », expliquait Conrad Clemens, manager de la campagne. « Nous avons créé un logiciel pour faciliter le porte-à-porte : on peut voir chez qui les militants ont frappé et estimer dans quels quartiers et rues les électeurs sont encore indécis pour tenter de les convaincre », poursuivait-il. A trois jours du vote, les militants de la CDU, dont les scores étaient comptabilisés en ligne pour favoriser la compétition, avaient déjà toqué à presque un million de portes. « On estime que cette méthode fonctionne pour un électeur rencontré sur dix », affirmait Conrad Clemens.
Cette forme de mobilisation n’est pas nouvelle dans le monde : la CDU s’est inspirée des Etats-Unis et de la France, où le porte-à-porte digitalisé a été introduit depuis quelques années déjà. Mais la CDU est allée plus loin dans l’utilisation des nouvelles technologies. Il faut se rendre au 19-21 de la Brunnenstrasse à Berlin pour le comprendre. Dans cet ancien grand magasin désaffecté de l’Est de la capitale, les chrétiens-démocrates ont installé, sous la direction de Stefan Hennewig, un centre technologique. « Ce site a pour but de sensibiliser la population sur notre programme électoral que nous mettons en scène grâce aux nouvelles technologies », explique Stefan Hennewig. « Le programme est divisé en quatre espaces distincts : la famille, l’économie, l’Europe et l’innovation », poursuit-il. Des thèmes qui n’ont pas permis, toutefois, d’obtenir le résultat espéré.

Intérieur du centre technologique de la CDU. CC BY SA Konrad Adenauer Stiftung France

L’immigration : le tabou de la campagne

Les moyens, pourtant, ne manquent pas d’orginalité. Dès l’entrée, la pièce consacrée à l’économie frappe le visiteur : on y voit un immense cœur en peluche de plus de 3 mètres de haut battre au milieu de deux écrans affichant les statistiques économiques du pays. Un peu plus loin, un robot écrit sur des petits papiers un message que le visiteur peut saisir sur une tablette. D’autres écrans interactifs permettent de s’exprimer sur ce qu’est l’Europe, de combattre d’éventuelles cyberattaques ou de se prendre en photo avec les couleurs de la CDU. L’équipe de Stefan Hennewig a également pensé à optimiser sa présence sur les réseaux sociaux grâce à un hashtag particulier : #fedidwgugl. Celui-ci est l’acronyme du slogan de la CDU « Für ein Deutschland, in dem wir gut und gerne leben » (pour une Allemagne dans laquelle il fait bon vivre).
Le centre technologique est pionnier en la matière et il a de quoi étonner : les conservateurs, dont l’électorat est assez âgé, ont tenté de séduire un public jeune. Mais dans une Allemagne de plus en plus vieillissante (l’âge médian des électeurs allemands est de 52 ans), le principal enjeu de la campagne était pourtant bien l’immigration et non les technologies ou la jeunesse. Très présent pendant le débat télévisé, le sujet des réfugiés – l’Allemagne en a accueilli plus d’un million l’an dernier sur son sol – a été presque négligé par la CDU avec une seule page sur les soixante-seize du programme du parti. Le score historique de l’AfD et son entrée au Bundestag montrent qu’occulter la question de l’immigration et de l’intégration a certainement coûté de nombreux points au parti d’Angela Merkel. « Nous retenons les enseignements de ces élections et allons analyser de près les raisons du succès de l’AfD », a déclaré la chancelière dimanche soir, entre satisfaction et gravité.

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