Quand la mode veut en découdre avec le gaspillage

L’industrie du textile pollue chaque jour un peu plus la planète. En France et en Allemagne, les ventes au kilo se développent, dans l’espoir de donner une seconde vie aux vêtements.

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Les Français recyclent 2,5 kilos de textile par an et par personne, soit deux fois moins que les Allemands.
© Johanna Vuadens

À deux pas de l’hôtel de ville de Paris, dans le quartier du Marais, Clément, 22 ans, vendeur de vêtements, s’affaire. Ce vendredi, les clientes sont nombreuses. « Il n’y a pas de cabines d’essayages dans la boutique, donc il faut avoir l’œil », s’exclame Mathilde, une cliente. La quarantenaire est une habituée : celle-ci travaille dans le milieu de la mode.

Un détail interpelle : à la caisse, il faut peser ses vêtements avant de payer. Un concept tendance, qui séduit de plus en plus une clientèle souvent jeune et consciente de l’empreinte écologique de l’industrie textile. La promesse de ces nouveaux lieux atypiques : offrir des pièces de seconde main à bas coût, sans toutefois négliger leur qualité. Mais cette idée a également germé dans d’autres pays…

Sourire en coin et mèche rebelle, Robin Balser, originaire de Mayence en Allemagne, propose des ventes éphémères pour redonner une seconde vie aux vêtements. Ses produits sont aussi vendus au poids. Patrick Lacroix, directeur de l’Agence du développement durable (ALMOE), affirme que les entreprises allemandes ont beaucoup plus de moyens financiers, notamment en matière de recherche et développement. L’occasion pour des start-up basées sur le respect de l’environnement, comme VinoKilo, de se développer.

« En France, les entreprises qui vendent et produisent du textile se préoccupent malheureusement peu du développement durable », regrette l’expert français. Pourtant, il y a urgence. Selon un rapport de France nature environnement publié en 2018, les Français consomment 60% de vêtements de plus qu’il y a 15 ans. Des achats qui ne sont pas anodins, lorsqu’on sait que la mode est la deuxième industrie la plus polluante au monde derrière le pétrole.

Aujourd’hui, les équipes de la start-up allemande VinoKilo souhaitent s’implanter chez leurs voisins. Mais les Français, rois de la mode, sont-ils prêts à participer aux événements de la start-up ? Robin Balser ne se décourage pas.

En France, le Sénat a voté en septembre dernier l’interdiction de détruire les invendus non-alimentaires, comme le textile. Un pas en avant, certes, mais pour le directeur de l’ALMOE, il faut continuer. Il argumente : « Nous devons absolument baisser les taxes sur les entreprises, et augmenter leurs aides financières. L’économie verte a un énorme potentiel. » Celle-ci représenterait, selon lui, 1,5 point de croissance en France.

La conquête du marché français ne fait pas peur au créateur allemand de VinoKilo. Mais la vente au poids n’est pas un concept nouveau dans le pays où le vin est maître. Kilo Shop a ouvert sa boutique dans le quartier du Marais en 2012, et en possède une dizaine en France.

Plus vert, plus tendance, et parfois des produits de luxe. Les prix au poids varient en effet selon la catégorie de vêtements. Dans la filiale « Kawaii » de l’enseigne française, un kilo de vêtements de seconde main peut coûter jusqu’à 60 euros. « Mais ça permet d’acheter plus de choses », relativisent Lisa et Romane, deux étudiantes de 16 ans venues passer la journée à Paris. La mode pourrait donc elle aussi se convertir au vert.

Johanna Vuadens et Lukas Nickel

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